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Les textes législatifs et réglementaires parus au Journal


Faire ou Faire faire
07/07/2009

Introduction

 

Faire ou Faire faire, telle est la question aujourd’hui pour les entreprises françaises. La crise économique a obligé les acteurs économiques à repenser leur stratégie de création de valeur ajoutée : faire, c’est l’intégration verticale et essayer de générer toute la valeur ajoutée d’un produit ou service (mais en occultant des économies d’échelle sur certains postes), faire faire c’est être le designer, la firme point et n’obtenir que le dernier bout de la valeur ajoutée (mais certainement le plus conséquent).

Autre problématique à prendre en compte très sérieusement aujourd’hui : la flexibilité ! Très recherchée en période tumultueuse, il s’agit de la caractéristique des petites entreprises. Il est d’ailleurs fort à parier que les PME françaises rebondiront plus vite à la sortie de crise que les « Majors » (poids lourds) des mêmes secteurs.

 

Qu’est ce que la sous-traitance ?

 

La sous-traitance est un contrat passé entre un « donneur d’ordre » et un « assujetti ». En cela le sous-traitant est différent d’un simple fournisseur, il est intégré dans la chaîne de production du donneur d’ordre. Il doit répondre à un cahier des charges précis et réalise un élément voire un produit complet prêt à la commercialisation (Cf § « la firme point, un mythe ? »).

Il y a trois types de sous-traitance :

-          de capacité : le donneur d’ordre sait faire ce qu’il demande mais il n’est pas en mesure de fournir toute la demande avec sa capacité de production. Il est donc limité en production et va demander ponctuellement à une entreprise concurrente de l’approvisionner.

-          de compétence : dans ce cas le donneur d’ordre ne sait pas réaliser lui-même le produit qu’il désire. Il se peut qu’il n’ait pas de besoin suffisant pour investir lui-même dans une formation du personnel ou des machines.

-          de marché : cette sous-traitance se retrouve souvent dans les marchés publics où un maître d’œuvre (tel un architecte) prend en charge la bonne exécution de l’ensemble des travaux et traitera directement avec des spécialistes de chaque secteur (maçon, plombier, électricien… par exemple).

 

Avantages et inconvénients. Comment choisir d’internaliser ou d’externaliser ?

 

L’avantage premier est que le donneur d’ordre se concentre sur son cœur de métier. En effet, quel est l’intérêt pour une société de biotechnologie par exemple de gérer elle-même l’entretien et la sécurité des locaux, la cantine des employés… Ces exemples sont les plus classiques dans la sous-traitance, mais, toujours pour la même société, qu’en est-il pour l’accueil, le secrétariat, voire le recrutement ? Ces cas sont moins simples car ils dépendent de leur importance ou valeur ajoutée pour la société. La valeur ajoutée, c’est la différence entre le prix de vente d’un produit et la valeur totale des biens et services qui ont été achetés et qui sont contenus dans ce produit (après transformation). En interne, on ne parle pas de prix de vente mais de valeur d’utilité.

Pour notre société de biotechnologie, on peut dire que l’accueil n’a qu’une très faible valeur ajoutée (les clients sont peu nombreux à venir sur place et ils sont toujours professionnels), le secrétariat est un poste intermédiaire et l’on pourra sans doute externaliser ce service pour les cadres et l’internaliser pour la direction par exemple. Pour finir, le recrutement dans ce type de société est un point capital. En effet, toute la valeur ajoutée est concentrée dans le savoir-faire et le capital humain. Ce poste est d’une grande importance et nécessitera une vigilance accrue.

 

Un autre avantage réside dans la souplesse du système. La sous-traitance permet d’abaisser le seuil de rentabilité d’une entreprise. Il s’agit du niveau de chiffre d’affaire à partir duquel la marge dégagée couvre entièrement les frais fixes. Si les frais fixes (personnel, investissement) sont transformés en coûts variables (contrat de sous-traitance à la commande sans minimum), le point mort (et donc le chiffre d’affaire à réaliser pour être rentable) diminue : c’est une souplesse qui peut être vitale en temps de crise.

Les sous-traitants ont l'avantage d'offrir des outils immédiatement opérationnels et un personnel formé. Cela évite au donneur d’ordre des investissements aléatoires et douteux.

 

Les donneurs d’ordre choisissent sur appel d’offre leurs sous-traitants, selon des critères de qualité, prix et délais. Le prix est généralement celui fixé initialement, mais les éléments plus qualitatifs sont difficiles à maintenir dans le temps. La qualité n’est pas toujours au rendez-vous et pour contrer ce problème les donneurs d’ordres réalisent souvent des audits qualité ou imposent des certifications (ISO 9001/AFAQ par exemple) à leur sous-traitant.

 

Le coût est parfois plus élevé en sous-traitance qu’en interne, c’est le cas notamment des produits simples qui ne nécessitent pas d’investissement en matériel (où l’économie d’échelle est faible).

 

Le donneur d’ordre doit intégrer le sous-traitant dans son processus de fabrication, ainsi il devra livrer quelques recettes et formules à un tiers. Une relation de dépendance se créerait alors. Et il se pourrait même qu’un jour le sous-traitant devienne plus gros que le donneur d’ordre, et le rachète ou le concurrence (Cf affaires Magna/Opel et Tata/Jaguar).

 

La sous-traitance peut être source de conflits sociaux chez le donneur d’ordre. En effet, les salariés voient une partie de leur travail passer en des mains étrangères et ils pensent souvent que c’est un prélude à une restructuration plus profonde. La sous-traitance a aussi été (et continue de l’être en certaines occasions) utilisée pour détourner le droit du travail : séparation en unités de travail ne dépassant pas les seuils légaux (Comité d’entreprise, délégués du personnel…), pression mise sur les sous-traitants pour les faire sortir du cadre de la loi (heures supplémentaires, heures hebdomadaires, minima salariaux, utilisation abusive de CDD/intérimaires…) tout en gardant une image respectable pour l’entité donneur d’ordre (Airbus, Renault, Peugeot…).

 

La firme point, un mythe ?

 

Confier la totalité de la production d’une entreprise à une autre peut paraître impensable, car alors quelle est la valeur ajoutée de l’entreprise donneur d’ordre ? Tout d’abord, nous pouvons constater que la tendance à la dématérialisation des entreprises ne date pas de l’ère des NTIC (Nouvelles Technologie de l’Information et de la Communication) puisque les exemples les plus flagrants de firme point (c’est-à-dire une société sans usine) datent des années 80 avec Nike par exemple. Nike, c’est avant tout une équipe commerciale et financière aux États-Unis, des designers en Italie et des fabricants en Chine. La valeur ajoutée, c’est la coordination bien sûr, et surtout la marque, savamment entretenue à grands coups de marketing (d’agences indépendantes).

Cependant, la possibilité de perte de maîtrise est grande car le pouvoir de contrôle sur un sous-traitant est différent de celui exercé sur un salarié.

Si la firme point existe dans sa forme juridique, le plus souvent il n’existe qu’une seule et même entité économique. La relation d’interdépendance est forte. Les sous-traitants ont besoin des commandes de leurs donneurs d’ordre (assez peu nombreux) pour amortir leurs charges fixes et sacrifient souvent les prix. Les donneurs d’ordre ne peuvent pas laisser tomber un de leurs sous-traitants car alors, les autres prendraient une place trop importante dans les négociations (diminution de la concurrence). Souvent les sous-traitants abandonnés par leur donneur d’ordre et qui déposent leur bilan à partir de cette rupture, demandent et obtiennent réparation pour rupture abusive du contrat de sous-traitance. La justice prend ainsi en compte la dimension économique du groupe constitué d’un donneur d’ordre et de sous-traitants.

 

Conclusion

 

Choisir la sous-traitance, c'est faire un choix de livraison et d’approvisionnement, mais ce choix ne peut se faire sur catalogue, il doit être en cohérence avec l'entreprise elle-même. L’initiative externe que symbolise le sous-traitant doit s'intégrer dans cette tactique pour que la croissance des deux entreprises soit au rendez-vous. Il y aura interdépendance entre les sous-traitants extérieurs et l'activité interne de l'entreprise.

 

Dans ce type de relation, il n'est pas question d’inertie mais de dynamisme pour le futur. Ce déploiement en commun va créer une accumulation d'expérience, mais un grand nombre d’obstacles seront au rendez-vous : qualité, latences, durée, « know-how » (savoir-faire), etc.


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