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Dans
le contexte actuel de crise économique, les moindre signes avant-coureurs sont
guettés, attendus et voire même prédits. Ainsi, nombre de journalistes
économiques sont tentés par la prophétie autoréalisatrice. En réalité, les
prédictions sont assez diverses dans notre presse quotidienne. Serge Villepelet,
président de PwC France, énumérait dans son allocution devant l’université du
MEDEF du 3 septembre 2009, trois portraits d’économistes
« prévisionnistes » :
· On
a tout d'abord dans le rôle de l'optimiste un économiste d'une grande banque
qui nous dit en substance : « Depuis le printemps, on observe une
stabilisation des économies américaine et européenne (…) C'est un vrai
changement de tendance (...) On observe d'ailleurs des deux côtés de
l'Atlantique une recrudescence des commandes des entreprises et une baisse de
leurs stocks. C'est plutôt bon signe… ».
· Dans
le rôle du prudent, un directeur d'Institut : « La question est de savoir
si la croissance va être assez forte pour nous permettre de regagner le terrain
perdu par cette crise ».
· Et
enfin dans le rôle du pessimiste, l'économiste d'un grand observatoire :
« Il est beaucoup trop tôt pour parler d'une reprise (...) Les entreprises
ont encore beaucoup trop de machines et d'équipements par rapport à la demande
(...) Le chômage va augmenter jusqu'à la fin de 2010 et cela finira par avoir
un impact sur la consommation. »
Il
donne finalement une interprétation à son énumération, catégorisant les
prévisions selon les inclinaisons profondes de leur prophète : « Ces
divergences analytiques jettent un trouble sur leur pertinence et surtout, sur
leur caractère scientifique. Rappelons ce qu'est une science telle que l'a
définie par exemple Karl Popper : « Une discipline est scientifique si
elle confronte ses hypothèses à l'épreuve des faits, si les théories qu'elle
émet sont réfutables par l'expérience. » La théorie scientifique n’étant
pas de mise, ni sur le terrain des économistes, ni sur l’analyse par l’exemple
de Serge Villepelet, il reconnaît humblement : « Une chose est sûre,
en tant que chef d'entreprise et surtout en tant qu'observateur privilégié de
la vie des sociétés puisque nos équipes sont quotidiennement dans l'intimité de
leurs comptes, je suis incapable de vous dire de quoi demain sera fait, si la
sortie de crise sera en juin 2010 ou en septembre 2013, si elle s'annonce en V
ou en U, si la hausse du chômage va s'interrompre demain, etc. » et
Serge Villepelet de conclure : « Les chefs d'entreprise sont,
sur ce point, unanimes : la vertu cardinale en cette période inédite est
l'humilité bien plus que la prédiction ». Les études économiques ne sont
pas neutres et dépendent des commanditaires. Plutôt que des prévisions, il faut
s’en tenir aux éléments tangibles de la situation actuelle.
Des
éléments factuels, en particulier sur la situation aux États-Unis (qui a
toujours quelques longueurs d’avance en terme de reprise et joue donc le rôle
d’indicateur avancé) sont tout de même donnés dans la note de synthèse
macroéconomique de juin 2009 du cabinet PwC : « De nombreux signaux
restent très inquiétants, comme la dégradation rapide de la situation de
l’emploi, l’orientation à la baisse de la consommation des ménages (qui
empruntent de moins en moins et épargnent de plus en plus) dans un contexte de
baisse des prix, la chute régulière de l’indice de production industrielle
ainsi que l’orientation à la baisse des prix de l’immobilier sous la pression
croissante des procédures de foreclosures, qui aboutissent souvent à la revente
à prix bradés de maisons laissées vacantes par leurs occupants (entraînant des
pertes importantes et encore non comptabilisées par les banques) ». Ainsi
parler de reprise aux États-Unis semble encore prématuré, surtout avec les
risques qui pèsent toujours sur les banques (taux de défaillance sur les
emprunts immobiliers en hausse, notamment sur le taux variable, mais aussi sur
les cartes de crédit et les prêts pour automobiles).
Une
chose est sûre pourtant, le nerf de la guerre en ces temps difficiles (baisse
d’activité, ce qui entraîne une moindre absorption des coûts fixes par le
résultat opérationnel) reste le niveau de trésorerie.
L’inquiétude
de nombreuses entreprises cet été était de ne pas tomber en cessation de
paiement. La Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon a noté en juillet 2009 une
stabilisation de la dégradation de la trésorerie des entreprises en difficulté.
Le redémarrage économique (car il y en aura nécessairement un, même si la date
est imprévisible) ne pourra être suivi que par des entreprises qui ont les
moyens financiers de racheter des matières premières ou de réembaucher pour
fournir la demande. L’objectif
du moment est donc de sécuriser et de préserver sa trésorerie. Il existe trois
leviers d’action possibles :
- Récupérer
les sommes bloquées à l’extérieur
Ces
sommes peuvent se trouver chez les clients ou les factors (banques qui
escomptent systématiquement les traites de clients des entreprises en besoin de
trésorerie). Quelques principes simples permettent de réduire le besoin en fond
de roulement (BFR) d’une entreprise, et donc de récupérer de la trésorerie. Le BFR
naît des décalages temporels entre la commande et le paiement effectif d’un
client, ainsi les délais de règlement accordés sont généralement à revoir à la
baisse lorsque la trésorerie diminue sensiblement. À l’identique, le BFR est
impacté par les règlements trop rapides des fournisseurs.
- Maîtrise
drastique des sorties de trésorerie
Renégociation
des prix et des délais avec le fournisseur, diminution des frais généraux et
administratifs (non essentiels à la production) et des frais de voyages,
déplacements, réception sont autant de mesures qui sont concrètement appliquées
aujourd’hui dans bon nombre d’entreprises en situation délicate. Quand toutes
les solutions périphériques ont été employées, il ne reste malheureusement qu’à
utiliser le chômage partiel, voire le licenciement pour maintenir l’entreprise
hors de l’eau.
- Conserver
une capacité d’autofinancement
Le
moyen le moins coûteux et le plus sûr pour redémarrer correctement reste de
conserver des marges solides et de ne pas brader ses prix. Selon une étude de
la CCI en juillet 2009, 44 % des chefs d’entreprise estiment être en
sous-capacité, 37 % à un taux de charge normal et 13 % ne peuvent pas
faire face à la demande.
Tous les secteurs ne sont pas touchés de la même manière. Il
est donc l’heure, plus que jamais, de maintenir une démarche d’innovation
constante, de chercher de nouvelles solutions pour développer le chiffre
d’affaires, de s’adapter à la demande, d’organiser au mieux sa chaîne
commerciale (suivi des offres, relance, suivi des commandes…), mettre en place
des veilles marketing, sectorielles, réglementaires ou encore technologiques.
Pourquoi ne pas étudier aussi des rapprochements ou des partenariats
stratégiques avec clients, fournisseurs ou concurrents ? De nombreuses
idées restent donc encore à explorer pour résister et atteindre la sortie de
crise.
Il
est à préciser aussi que de nombreux cabinets spécialisés peuvent aider à la
recherche de trésorerie, ces missions sont généralement appelées « Cash
Finder ». L’ensemble des processus
(achat et fournisseurs, vente et clients) sont analysés pour y trouver toutes
les causes de perte de trésorerie (double paiement des fournisseurs, paiement
en avance des fournisseurs, relance clients…).
Bibliographie
http://www.pwc.fr/la_question_du_dirigeant.html
Agir et Entreprendre, magazine de la CCI de Lyon # Septembre-Octobre 2009
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